Une gueule de bois persistante

Nous sommes le 2 janvier 2017, des effluves alcoolisées s’échappent encore des chambres des milléniales comme on aime si bien les nommer. C’est un jour férié, tant mieux, cela permet de cuver en toute quiétude. Pourtant, entamant maintenant clairement la vingtaine, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur la vacuité de ce genre de rituel.

Une époque bien étrange

Récemment je discutais avec un ami étudiant à l’étranger, de retour pour les fêtes, qui me faisait part du désarroi qu’il éprouvait en voyant une part de ses amis de longue date stagner (Pourrait-on dire niaiser ?) dans un mode de vie passif qui tend à se généraliser sous nos latitudes romandes oh combien choyée.

Ce mode de vie se caractérise par de nombreuses gazées, des sorties au D!, au Romandie, au Bourg – Ah d’ailleurs t’as entendu parler de la nouvelle boîte à la Riponne ? – Bref, des befores, des afters, des gueules de bois sans fin. Le lendemain, petit café pour faciliter l’impulsion vitale qui permettra de rejoindre tes potes, histoire de débriefer la soirée et te faire un petit bedo. Pourquoi pas ? De toute manière t’as la tête tellement à l’envers que ça ne pourra que te remettre un peu les idées en place. Et quand vient le lundi, tu te motives pour aller à ton cours de droit pénal sans grande conviction, de toute manière c’est le daron qui voulait que tu fasses droit. Ce que tu veux faire toi ? Ça t’en sais pas grand-chose et de toute manière t’as pas vraiment le temps d’y penser. Bref c’est lundi, c’est pas grave la semaine va être courte, jeudi il y a Downtown ça va être lourd. Et en plus tu dois capter cette petite demain soir, t’as déjà trouvé ou t’allais l’amener d’ailleurs ?

Ce mode de vie, schématisé grossièrement, te rappellera peut-être certains aspects de ton quotidien, ou pas du tout. On s’en fout, joue un peu le jeu stp. Tu ressentiras peut-être une légère lassitude en lisant cela, voir un certain nihilisme si tu as bien bossé ta philo. C’est justifié, en effet, loin des guerres, loin des quotidiens dirigés par la nécessité, le besoin et la rage de survivre que l’on peut trouver à d’autres endroits du globe ou à d’autre époques, une partie de la jeunesse actuelle se pavane dans une sorte d’arrogance et d’autosuffisance, entrecoupée d’épisodes d’exaltation alcoolisés, suivie de confusion brumeuse, et de manière générale principalement préoccupée par ses propres intérêts à court terme.

On en revient à cet ami qui me disait à quel point ses potes restés en terre sainte lausannoise lui causaient du souci pour leur avenir. En effet, dans son université, nombreux sont les étudiants surmotivés car conscients que dans leur pays le taux de chômage est équivalent au taux d’alcoolémie de la vodka dégueu que t’achètes pour ton samedi soir. Ils sont clairvoyants sur la nécessité de se fixer des buts précis et de s’y atteler d’arrache-pied pour les atteindre. Car chez eux le RI n’est encore qu’une vague anecdote.

T’exagères, vas-tu me dire, au final il faut que jeunesse se fasse et au final ce que tu décris comme mode de vie, est-ce que c’est véritablement un problème ? Ecoute non pas vraiment, en soi. À part ton foie, rien de très définitif dans l’immédiat. Ce qui par contre me fait un peu plus réfléchir, c’est qu’actuellement je peux clairement voir mes amis se scinder en deux groupes distincts. Ceux qui se complaisent dans ce quotidien en somme assez confortable mais désespérément vide et ceux qui commencent à s’écarter de la moyenne et laissent libre court à ce qui fait d’eux des êtres humains uniques, que ce soit dans l’art, dans une ambition hétéroclite, dans un projet qui le passionne, dans un voyage à l’étranger qui se trouve finalement être une migration.

Au final cet article pour réfléchir un peu sur la dissonance d’un âge ou le pote beauf que tu martyrisais en 7 ème poste des photos de sa gow enceinte sur Facebook (Oh le con) pendant que d’autres se remettent de leur gueule de bois et le reste se construit une vie digne d’être vécue.

Et toi, t’en penses quoi ?

Nicolas Fritz

Laisser un commentaire