PNL, Différents

Que vous soyez le plus ardent consommateur de techno-minimale Berlinoise ou fan de Punk-Rock, que vous ayez le Rap Français et le rap de manière générale en exècre, il est pourtant très probable que vous ayez déjà entendu parler de PNL. Que ça soit dans les Inrocks, l’Obs ou tout simplement à une before où vos potes, bien gaz, se mettent à passer du PNL en boucle sur les enceintes à grand renfort de vocalise. Si vous êtes déjà bien QLF et que vous pouvez réciter religieusement chaque couplet de « Dans ta rue » de tête, même avec 3 pour mille dans le sang, cet article ne va rien vous apprendre de bien nouveau. Par contre si vous vous mettez PNL dans le même paniers que la pléthore de pseudo artiste vocodé à outrance, là je peux faire quelque chose pour vous.

Car bien qu’encensé par la critique, PNL soulève les passions des fans et des détracteurs. Le disque d’or, les 450 millions de vues comptabilisées sur YouTube et leur invitation à Coachella confirme pourtant la popularité des deux frères. On aime ou on n’aime pas? Étant donné que je ne connais personne ayant aimé PNL dès la première écoute, on peut s’imaginer que c’est comme pour le bon fromage de ton papi, on prend du temps à l’aimer. Le préjugé le plus courant,  l’apparente simplicité et la vulgarité des textes, est rapidement balayé si l’on se penche un tant soit peu sur les paroles et le message général, qui se trouve être nouveau, rafraichissant et peu commun.

Les codes

Déjà, il y a l’écriture, plus soignée qu’il n’y paraît. Pas vraiment intéressé par le patchwork de punchline perdue comme on peut en trouver dans les sons de Booba, PNL installe une ambiance personnelle imprégnée de ressentiment comme de lucidité face au blocage de l’échelle sociale.

« La misère m’emmène en balade, remballe ton échelle, au fond du trou j’empile mes péchés, j’escalade »

« Igo on est voué à l’enfer, l’ascenseur est en panne au paradis. C’est bloqué ? Ah bon ? Bah je vais bicrave dans l’escalier »

Ces punchs, sorte d’allégories à consonance de revendication générationnelle, fourmillent dans les textes de PNL. Loin d’encenser le milieu de la rue, de la « bicrave », de la violence et de la haine qui peut régner dans les quartiers délaissés par la République Française. PNL exprime la confusion, le doute, la haine, la tristesse et la détresse d’une génération laissée pour compte. D’où leurs obsessions de la différence, de ne pas être comme eux. « Eux » on peut supposer qu’ils parlent des gens mieux lotis de manière générale. Mais également des autres rappeurs qui érigent la rue en idéal de vie. Mais ce qui est intéressant surtout, c’est que non content de briser les codes et les clichés habituels, les deux frères portent un message peu commun dans le rap, « La vie est belle » comme le dit le titre d’un des sons phares de l’album « Dans la légende ». Cela peut paraître anecdotique, mais le message est omniprésent dans chacun de leur titre. On sent que malgré la rage qui les dévores, le soleil n’est jamais loin.

Les clips

Parler de l’univers de PNL sans mentionner les autres acteurs majeurs de cette réussite serait réducteur. Mess, tout d’abord, est le caméraman de génie qui s’associe régulièrement à Kamemera pour la réalisation des divers clips depuis les débuts du groupe. Outre la mélodie atmosphérique et planante des sons de PNL, le visuel minimal et puissant de leurs clips est reconnaissable entre mille. Cette identité visuelle très forte que les clips de PNL ont créé peut s’expliquer par le processus de réalisation des vidéos. Habituellement le rappeur va , après le mixage et la masterisation de son morceau, faire appel à une boîte de production qui va monter un clip de toute pièce avec ou sans la direction artistique de l’auteur. Ce qui donne régulièrement un joyeux mélange de fesse, billet, drogue et joyeux figurant qui exhibe leur calibre au rythme des punchlines. Le processus est tout autre dans le cas de PNL du fait que Mess, le réalisateur attitré, est un ami des deux frères avant tout. Il va essayer d’imager l’histoire que raconte PNL à l’aide de scénario où l’on retrouve à chaque fois ceux qui semblent être les meilleures potes du groupe. –  On remarquera également que sur une vingtaine de clips on peut apercevoir uniquement une paire de fesse. Ce qui relève du coup de maître dans un rap game saturé par les ralentis de demoiselles en petites tenues –

Dernièrement, les deux frères se sont lancé dans la réalisation d’un triptyque en illustrant 3 de leurs sons avec de véritable court métrage de 8 minutes pour « Naha » et de 13 minutes pour « Onizuka ». ( « Bene » est encore en cours de production et doit venir achever cette trilogie). On peut y suivre les meilleures potes d’Ademo et N.O.S qui rejoue ce qui serait l’histoire de leur vie. On y suit l’histoire d’un grand-frère qui se met à dealer pour subvenir aux besoins de sa famille jusqu’à qu’un conflit avec un rival le mène en prison. Pour la petite anecdote, vous saurez que le figurant qui joue le rôle du vilain a reçu des menaces de mort tant les gens se sont senti plonger dans l’histoire (mdr). Le cadet, encore étudiant, se doit donc de quitter les bancs de l’école pour reprendre le flambeau et se retrouve en conflit avec le même sale type. Je ne vais pas vous gâcher la surprise et vous laisse visionner ces deux clips mais ce que je peux vous dire, c’est que vous allez vous plonger doucement dans cette histoire pour en ressortir en apnée, fébrile et exalté. Ou bien vous allez trouver à chier, mais voilà la famille on est tous différent.

La comm 

Le succès de PNL a été également tributaire d’une communication se limitant à quelques statuts Facebook lâchés de manière laconique. Contrairement à la plupart des rappeurs qui percent à coup de dizaine de freestyles sur YouTube et des milliers de tweets avant de sortir le moindre album. Les deux frères se paient le luxe de sortir plusieurs albums sans donner aucune interview. On ricanera également en entendant que PNL s’est même permis de ne pas assister à la semaine de promotion de leur album sur Skyrock.

Et maintenant ?  

Au fil des befores, on commence à remarquer que les sessions PNL commencent à se faire plus rares. Et à l’évocation de cet état de fait, des frères me soutiennent que la vague est finie, que c’était bien sympa mais que le concept est épuisé et s’essouffle. A ce moment là, bien évidemment,  je brise quelques verres, insulte la génitrice de mes camarades et quitte cette soirée de mécréant. Mdr, non c’est pas vrai, Dieu m’a doté d’un surmoi qui me permet de me contrôler. Je leur réponds donc, qu’ils sont très peu QLF à quitter le navire si rapidement. Et que si l’on analyse les champs lexicaux et les messages des trois albums, on voit une évolution bien visible des deux frères. Après un premier album abrupte et remplis de détresse, un deuxième album plus mélodieux et abouti mais toujours aussi sombre, le troisième arrive comme une bouffée d’air frais. La mélancolie qui leur est propre est toujours présente mais on sent clairement que les deux frères ont réussi – ils l’ont fait – la merde est derrière eux, l’amertume, pas sûr.

Nicolas Fritz

 

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