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Les pavés, des vers – Quelques poèmes d’un simple Badaud

Aujourd’hui, on vous présente le regard critique d’un contributeur sur le monde actuel et tout ça agrémenté de poésie, elle est pas belle la vie?

Notre humanité traverse une période charnière, un moment crucial. Notre direction est incertaine, le bateau craque, à tel point qu’on se demande si on va finir comme le Titanic. Le Titanic, c’est le symbole d’une rupture avec un rêve, une époque, un état d’esprit, un monde : c’est l’au revoir de la Belle Époque. Mais qu’en est-il de nous? Notre bateau, c’est l’Arche de Noé; dès lors, s’il sombre, ce n’est pas la rupture d’un monde qui se profile mais son effondrement. Le bateau dérive, s’échouera-t-il sur les côtes de l’irréversible ? Notre devoir, c’est de l’en empêcher! Cette Arche n’a pas pour projet de s’échouer dans un monde hostile mais de découvrir un nouveau monde. Le Badaud est un voyageur, il marche, marche, marche… sans jamais s’arrêter, car il affectionne le lointain, il désire s’emparer de l’horizon. Le Badaud, c’est une ballade quotidienne vers cet ailleurs; il aime découvrir, se faufiler, s’immiscer. Le Badaud, c’est le présent qui épouse l’avenir avec une fleur (sans pesticide). Mais, aujourd’hui, il a peur, car il est sur l’Arche. Il n’a rien demandé – comme beaucoup d’ailleurs – et pourtant, il doit l’accepter. Le Badaud découvre la houle, les vagues, les effluves d’algues, la merde de mouettes, les tempêtes, le mal de mer, le grincement des mâts, mais le Badaud ne lâche rien, il est déterminé. Il veut à tout prix retrouver la terre ferme. Cet ancrage sûr, ce repaire, cette source de bien-être, cet atout de sa condition. Il rêve déjà de revoir les rues pavées, de renouer avec les Lumières éclairant de leur raison l’urbanité de nos derniers siècles, de pouvoir refouler une terre habitable. Mais reverra-t-il cette terre ? Pourra-t-il en faire profiter ses enfants, ces futurs badauds? Alors le Badaud écrit. Il écrit quelques poèmes pour retranscrire ce qu’il vit, les émotions qui le traversent. Le Badaud est en colère car ce qui le maintien, c’est l’espoir de pouvoir refouler les pavés, mais le bateau dérive. Derrière les vers, l’espoir des pavés.

A l’origine d’un pêché

Le corps là,
Il se prosterne devant elle :
Prie, implore, espère !
Tel un appel de détresse.
Mais le fruit est consommé,
Dès lors un vent froid souffle sur l’humanité.
Dans cette tombe déserte,
Jaillit maintenant son coeur aride
Sur le sol des mortels
Une croix est plantée.
Le léger amour y est crucifié
Y faisant couler le sang du pêché.
La quête des ingouvernables
Notre monde.
Derrière le meurtre, l’ignorance
Nous regardons ailleurs alors qu’il nous sonde
Nous l’évitons alors qu’il rêve de notre présence
Nous l’analysons froidement
Alors qu’il souhaite être touché sensiblement
Nous le saignons aveuglement
– Par la lame de nos illusions –
Alors qu’il implore d’être pansé humainement
Notre monde nous l’avons rendu cocu
Pour une vie chargée d’artefacts
Que nous embrassons de façon goulue
A force, nous cesserons d’être des apostats.
N’oublions pas qui nous sommes !
Nous les assassins,
En quête d’affranchissement
Guidé par les puissances d’airain
Sommes destinés à poignarder cette vie étouffante
Nous les renégats
Animés par un cris de vie
Porté par le souffle des agoras
Sommes destinés à préserver ce monde d’impie.
Or, le quitter c’est le tuer
Le tromper c’est se soudoyer.
L’oublier c’est se soumettre

Tandis que l’épouser c’est être.

Chant du renouveau

Chantons ! Chantons ! Hommes de la connaissance.
Chantons pour se retrouver !
L’appel est imminent,
Le bruit du changement et la révolte résonnent d’une même syllabe.

Jadis, ce fût la Bastille
Aujourd’hui c’est Wall Street !
Forteresse qui s’érige entre deux mondes,
Comme un obstacle, tel un rempart.
Chantons ! Chantons ! Citoyens, Guerriers de l’ordinaires
Rassemblons-nous car enfin
L’hymne de la révolte retentit sur les pavés
Battements de coeur et tambours de guerre
Augurent le renouveau.
Notre étendard sifflotera au rythme des chants,
Notre Volonté s’entend au rythme des pas,
Notre bravoure sera louée au rythmes des siècles.
Hommes de poésie, artistes du quotidien, chantons !
L’art n’attend plus.
La poésie est un pollen virulent
Il se propage, elle se répand, c’est l’éveil du vent
Souffle vital du ralliement
A l’aube du combat !
Alors nous réciterons notre règne de demain
Dans un ciel parfumé de cendres et de débris.
Ces senteurs inaugurent la naissance d’un Empire

Où l’artiste est roi où la vie règne.

L’ouvrière du crépuscule

Une fois le bruit retiré, enfin la vie assoupit
Elle se dévêtit de sa robe couleur azur.
Sa chaire s’est refroidie à l’appel de la nuit
Tandis qu’à l’orée des forêts on y entend son doux murmure

On peut l’entrevoir dans les clairières
Recouverte d’un nouveau voile, lunaire.
Les jours de pluie elle grossit
Si bien qu’elle déverse dans les esprits de l’humanité
Comme un torrent de vitalité
Sa fraîcheur des nuits
Mère aimante
Le sein nu, elle l’enlace tendrement
Pour nourrir de son lait insurgé
Fleurit cette Nature tel un mois de mai
La dissidence germe c’est le printemps
Les volontés éclosent tel des bourgeons
L’Homme déguste les fruits de ce souffle divin
Sur les pavé du nouveau chemin.
Un simple Badaud – QJ

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