MJF : Une nuit dans la cosmogonie française

Crédit photo: Flavien Berger au Lab du Montreux Jazz Festival le 2 juillet 2018 @ 2018 FFJM-Marc Ducrest

La soirée du lundi 2 juillet réunissait la crème de la scène française actuelle au Montreux Jazz Lab avec Flavien Berger et Charlotte Gainsbourg. Bien que ces deux artistes aient une approche très différente de la musique, ils trouvent une certaine harmonie dans leur complémentarité. Non loin de là, c’était un autre groupe de l’Hexagone, Agar Agar, qui jouait dans la salle Lisztomania.

Les rêveries galaxiales de Flavien Berger :

L’artiste, que j’ai découvert en 2015 lors de son concert au Festival de la Cité, a une nouvelle fois ravi mon cœur lors de sa prestation au festival montreusien. Flavien Berger arrive seul sur la scène, cheveux longs et douceur de rigueur. Derrière son clavier et ses synthétiseurs, il nous berce d’italo-disco et de musiques eighties avec Arco Iris issu d’une collaboration avec Etienne Jaumet. Le chanteur y troque le français contre l’espagnol. L’ambiance musicale du concert alterne entre des chansons inédites et les tubes que l’on connaît par cœur. Flavien Berger enchaîne ensuite sur le très groovy Bleu sous-marin et le sublissime Océan Rouge aux paroles poétiques : « La nuit tombe sur la crique / Et la roche pleure des couleurs / Dans l’eau calme galactique / Tu n’as plus de peur plus de douleur […] / Les mirages de ces tropiques / Sont là pour te sauver le cœur / Le cœur / Le cœur ». Les textes de l’artiste français sont énormément travaillés. Ce dernier, très à l’aise avec le public, tient des propos à la fois décalés et absurdes. Il demande notamment au public : « Est-ce que tu veux boire un thé à la Migros ? Est-ce que tu veux faire du flipper ? ». On commence à entendre la mélancolie de la pop électronique de Brutalisme. Flavien Berger chante les paroles de cette chanson qui révéle rapidement son caractère romantique : « Ultime bain / Noie ton chagrin / Je ne suis pas loin en vrai / Je te rejoins / Le mois prochain ». L’artiste français semble également être adepte de la drague flottante (cela tombe bien, nous aussi). Le morceau est tiré de son album Contre-temps qui sortira le 28 septembre 2018.

Charlotte Gainsbourg au Lab du Montreux Jazz Festival le 2 juillet 2018 @ 2018 FFJM-Marc Ducrest

La constellation luminescente de Charlotte Gainsbourg :

Nous connaissions surtout la fille de Jane Birkin et Serge Gainsbourg pour ses excellents rôles dans les chefs-d’oeuvre du réalisateur tant aimé et aujourd’hui honni Lars von Trier (Antechrist, Melancholia). Cette soirée fut donc une totale découverte du monde musical de la chanteuse française. Cette dernière était notamment accompagnée sur scène à la batterie par Louis Delorme, au chant par Gérard Black et aux claviers/synthés par Paul Prier et Bastien Doremus. Charlotte Gainsbourg, elle-même au piano, est plutôt introvertie avec le public. On la sent, en effet, peu à l’aise avec celui-ci. Plusieurs chansons Lying with You, Ring-a-ring O’Roses et I’m a Lie se succèdent et dévoilent une pop feutrée et soignée. Ces premiers morceaux sont issus de son dernier album Rest qui explore des sujets intimes tels que la mort de son père ou celle de sa sœur Kate Barry. On se laisse progressivement imprégner par son univers musical. Le concert est agréable mais le bouleversement émotionnel est absent. On est, par contre, très enthousiasmée par la scénographie. Plusieurs tubes fluorescents subliment, en effet, la scène. La beauté de certains textes de Charlotte Gainsbourg n’est plus à démontrer : « With this ring I thee wed, with all my worldly goods I thee endow / To love and to cherish according to God’s holy ordinance ». Apparition divine dans la voie lactée. On se décide malheureusement à écourter cette soirée en compagnie de la chanteuse française et de son groupe. Notre cœur nous appelle ailleurs : Agar Agar va déchaîner les foules le même soir.

Agar Agar à Lisztomania du Montreux Jazz Festival le 2 juillet 2018 @ 2018 FFJM-Anne-Laure Lechat

Cuidado, peligro, hay una eclipse en tu corazón :

Dans cette nuit qu’est le cosmos, Agar Agar se présente dans la salle Lisztomania. Les synthétiseurs de la belle Clara Cappagli et du charmant Armand Bultheel s’unissent et se désunissent au gré des phases, au gré des cycles. Lui, Soleil et elle, Lune. La scène accueille ainsi ses amours astraux. Fin de la peinture stellaire. Le groupe suisse B22 (non, ce n’est pas le nom d’une planète) ouvrait pour le duo. Malheureusement, nous n’avons pu entendre qu’une de leur chanson, le temps de faire l’aller-retour entre les deux salles. Formé en 2015, Agar Agar a sorti son premier EP Cardan en septembre 2016 qui a fait sensation auprès de la presse spécialisée (on pense notamment aux Inrocks). Sur scène, Clara et Armand distillent leur synth-pop ensorcelante mêlée à de la techno minimale. Les morceaux Aquarium et I’m that guy éclatent, se dissipent et disparaissent. Les paroles sont souvent déjantées et parfois séductrices notamment dans Prettiest Virgin : It was dark and the moon was out […] / I see them looking at you/ You are beautiful/ Now I’m crying ’cause I know I can’t kiss you/ I want our lips to touch again/ Feel the pleasure in my skin/ Yeah, yeah, I’m the prettiest Virgin/ Talk to me, look at me, can’t you see I can’t take it ?/ I felt so lonely, I wish I could kiss you under the table. La chanteuse illumine de sa présence charismatique, là où la folie est reine. Elle danse, sourit, sautillonne : nulle résistance à son charme n’est possible. Sorry about the carpet, un des morceaux tirés de leur premier album qui sortira cet automne, est également joué. Le chapeau bleu que porte Armand pendant le concert est d’ailleurs le même que celui que l’on voit dans le clip de cette chanson. Cette soirée se finira dans une communion cosmique avec Clara qui chante avec son joli accent en espagnol Cuidado, peligro, eclipse : Había una vez / El sol y la luna, un beso / Debajo el ecuador / El eclipse viene despacio / Debajo el ecuador / El ecuador el eclipse viene despacio. Après plusieurs minutes, la chanson se tord, se déforme pour se dissoudre dans le firmament. Etincelles d’étoiles, éclipse dans ton cœur, amour dans la nébuleuse.

Janett Donis

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