Défouloir émotionnel, le web désinhibe

Pourquoi les émotions en ligne sont-elles souvent ressenties de manière plus virulente ? Sont-elles toutes englobées dans la catégorie « émotion fantôme » ou peut-on parler de « vraie » émotion ?

Une émotion fantôme est perçue de manière subjective comme réelle, bien fondée. Le problème c’est qu’elle est souvent basée sur des éléments incertains. On le remarque dans les discussions que l’on a en ligne. Un des enjeux majeurs de l’émotion sur le net est bien la difficulté de penser l’identité de la personne à laquelle on parle. Il n’est du coup pas évident de saisir le vrai sens de son propos. C’est ce qu’on appelle les limites interprétatives : On n’a ni le son de sa voix, ni sa gestuelle, ni son regard en face pour nous guider. On passe alors souvent à côté de la juste signification du message. Notre émotion va donc souvent être plus virulente car faussée et pas assez pesée du fait de l’immédiateté d’internet. L’imagination entre ensuite en jeu afin de donner du sens émotionnel. Le concept de présence virtuelle est aussi notable: Inconsciemment, on va s’imaginer la personne nous dire le message. C’est frappant car même si la personne nous est familière, on se trompe facilement sur le juste sens de son propos. Ainsi, un message mal interprété va souvent amener à un malentendu et à un litige. Ce qui aurait pu être évité si les personnes s’étaient parlées en face.

Pour contrer cela, on peut faire recours à une forme de syntaxe émotionnelle : Les smileys, ou emojis. Ils permettent de réduire l’incertitude de l’attribution des émotions. Dernièrement, Facebook a intégré une nouvelle option où l’on peut agrémenter son post d’un émoticon correspondant à notre humeur du moment. Mais malgré l’utilisation de smileys, les malentendus persistent et sont fréquents.

Internet est vu par certains comme un endroit idéal pour s’affirmer soi-même ainsi que ses idées, à défaut de ne pas réussir à le faire dans la vie « réelle ». Une place virtuelle qui servirai de défouloir à émotions. Car oui, on se lâche plus facilement derrière notre écran, sorte de sas émotionnel où l’on se sent en sécurité. Via ce biais, il est plus facile de se laisser aller dans une émotion démesurée. Cela se remarque sur les réseaux sociaux -plus particulièrement dans les commentaires ou les chats en ligne-

Les utilisateurs en manque d’attention ou désireux de notoriété vont notamment être amenés à exagérer pour obtenir des likes ou des commentaires. Ils peuvent aussi désormais s’acheter un kit pour obtenir un nombre défini de nouveaux followers fictifs. – Oui, il faut assumer derrière-

Le fait d’être seul derrière notre ordinateur est un critère non négligeable : Notre perception du risque d’une éventuelle confrontation avec la personne si l’on déverse un flot de paroles virulentes contre elle sera réduite.

Sur les réseaux sociaux, les gens se mettent en scène. Ils choisissent de montrer une part d’eux, authentique ou pas. Si le but est de combler un manque affectif, de fortes réactions peuvent être ressenties quand une personne mise beaucoup sur l’approbation des autres internautes. Il peut finir par ressentir de la dévalorisation de soi ou une grande déception après un effet non désiré de l’un de ses posts. De vives incompréhensions peuvent être aussi engendrées dans un couple par exemple. Quand un des deux espionne les traces numériques de l’autre en observant sa dernière heure de connexion, ses nouvelles amitiés Facebook…-On l’a tous fait, en fait- Des différents qui n’arriveraient pas si les personnes n’avaient pas d’activité en ligne.

Peut-on alors dire que les émotions sont souvent ressenties comme plus virulentes en ligne ? Sûrement, car selon Olivier Glassey, sociologue spécialiste des nouvelles technologies, cela joue sur notre imaginaire. Désinhibées, elles peuvent fausser notre jugement. Mais nous restons responsables de nos propos. À nous de les mesurer, en ligne. Continuer à exprimer ses sentiments tout en les contrôlant serait la recette. L’écran de notre ordinateur ou smartphone peut s’apparenter à des lunettes fonctionnant comme des filtres, nous faisant parfois oublier qu’être sur internet, c’est tout de même encore avoir un pied dans le réel.

Alice Caspary

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